J’inaugure un nouveau format d’article sur le blog qui prend la forme d’un regard croisé sur un sujet entre un-e spécialiste et moi-même.

Pour ce premier article, j’ai invité Marie-Clotilde Maisonhaute, psychomotricienne, à échanger autour des étapes du développement psychomoteur et ses implications psychologiques et relationnelles

Les principales étapes du développement psychomoteur de l’enfant font partie d’un processus de développement qui se déroule de la manière suivante:

  • Au début de la vie, l’enfant a une position sur le dos avec les bras et les jambes regroupés. C’est une position sécurisante et confortable quand il est au sol. Cette position permet au nourrisson d’avoir de la mobilité et de commencer ses explorations motrices et sensorielles.
  • Grâce à la maturation de son tonus et de ses expérimentations motrices, l’enfant va passer sur le côté et va apprendre à se retourner sur le ventre.
  • Quand l’enfant est sur le ventre, il est capable de se dresser sur ses bras et de découvrir le ramper et le quatre pattes.
  • En parallèle au quatre pattes, l’enfant devient capable d’expérimenter une position sur le côté et de se redresser sur ses coudes. Cette nouvelle position va lui permettre de trouver la position assise par lui-même.

Ces diverses positions permettent à l’enfant d’expérimenter ses points d’appuis car l’enfant repousse le sol puis s’y ancre pour se tenir en équilibre. Cette exploration renforce sa confiance en lui et en ses capacités corporelles et motrices. Ce qui va lui permettre par la suite d’expérimenter la position debout avec appui avant de se lancer dans la marche avec un sentiment de sécurité.

L’exploration motrice : une ouverture sur le monde.

Pour Marie-Clotilde, l’exploration se fait via les postures de l’enfant, la préhension des objets et des apprentissages liés à la coordination des gestes dans les jeux (comme taper un objet entre ses mains.)

Ce qui est essentiel, c’est de laisser à l’enfant la possibilité d’explorer son environnement en toute sécurité sans le forcer à être dans une position qu’il n’est pas encore prêt à adopter par lui-même. En effet, si on met l’enfant assis, cela réduit son exploration motrice et ses préhensions car il va utiliser toute son énergie pour rester dans cette position.

L’enfant comme acteur de son développement : début d’une conscience de soi.

Sur le plan psycho-affectif, l’enfant a besoin de se sentir acteur de son développement psychomoteur. Les explorations motrices et sensorielles sont indispensables au bon développement psychomoteur de l’enfant.

« Laisser faire l’enfant en lui créant un environnement adapté suscite une envie chez lui, un désir d’aller vers l’objet. » Avec Marie-Clotilde nous sommes d’accord sur l’idée qu’il s’agit là des prémisses d’entrée dans la communication avec l’autre.

La découverte des objets, de l’environnement et de son propre corps sont des étapes indispensables qui permettent au bébé de prendre conscience de lui-même. Marie-Clotilde nous rappelle l’importance du plaisir que l’enfant prend dans ces découvertes qu’il fait grâce à ses explorations sensorielles et corporelles.

L’interaction parent-bébé : un accordage affectif et moteur.

Le développement moteur ne se réduit pas à un développement physiologique et neurologique. Il est aussi inter-dépendant de la relation à l’autre. L’interaction des parents avec le bébé va l’aider à réguler ses émotions.

L’enfant exprime son état émotionnel par son corps et ressent les émotions que les parents expriment également par leur propre corps. C’est ce qu’on appelle le dialogue tonico-émotionnel. L’accordage affectif avec les parents aide le bébé à s’apaiser et à se sentir en sécurité sur le plan physique et affectif.

La découverte de l’environnement et de la relation à l’autre passe par des moyens qui parfois surprennent les parents. Le bébé met les objets à la bouche comme un moyen de connaître son monde environnant, d’avoir “une information sur la forme des objets”. Il va jeter les objets pour qu’on les ramasse instaurant ainsi un jeu relationnel qui lui permet également de découvrir progressivement l’espace.

L’exploration de son corps et du corps de l’autre (exemple du visage) permet à l’enfant de prendre conscience de son corps et de se le représenter. Un peu plus tard dans son développement il commencera à le dessiner.

Le jeu comme socle de l’éveil et des apprentissages.

Nombreux sont les parents qui se demandent comment accompagner l’enfant dans son développement psychomoteur. La question se focalise beaucoup autour des stimulations qu’ils peuvent lui apporter.

Il est important de ne pas trop stimuler l’enfant mais de le laisser évoluer à son propre rythme en ne le comparant pas aux autres enfants de son entourage. Marie-Clotilde nous le résume bien en disant qu’il faut “laisser du temps à l’enfant dans ses apprentissages pour qu’il les fasse plus sereinement”.

Les jeux, les comptines, les chansons sont des moments d’interaction et de communication entre l’enfant et le parent. Ils permettent à l’enfant de se développer sur le plan psychomoteur mais aussi affectif. Il est important que les parents se fassent confiance et fassent confiance à leur enfant. Néanmoins, si les parents ont un doute ou qu’ils repèrent une difficulté chez leur enfant, Marie-Clotilde et moi-même conseillons d’en parler en famille et/ou avec des professionnels selon les cas.

Jouer avec son enfant dès le plus jeune âge est important. Le jeu l’aide à développer ses capacités et favorise son épanouissement psychologique et moteur. Pour Marie-Clotilde, « Il s’agit d’une relation de co-construction entre le parent et son enfant qui permet à l’enfant de se développer sur le plan moteur, affectif et relationnel. »

Quand consulter un psychomotricien pour votre enfant et pour quelles raisons?

Lorsqu’il y a des difficultés passagères telles que des troubles de la coordination, de l’inhibition, des troubles d’équilibre, d’impulsivité, des difficultés de régulation émotionnelle… les parents sont parfois orientés par le pédiatre chez le psychomotricien. L’orientation est quasi-systématique dans les cas de retard de développement ou de handicap.

Marie-Clotilde nous décrit son approche de psychomotricienne auprès des enfants lorsque des parents sont orientés vers elle. Pour les enfants de moins de 6 ans, la prise en charge débute par une observation. Pour les enfants à partir de 6 ans, la psychomotricienne effectue un bilan. Observation et bilan lui permettent de déterminer les besoins en terme d’accompagnement de l’enfant. En fonction des difficultés de l’enfant, l’essentiel de son approche est de se centrer sur ses forces pour travailler par la suite sur ses difficultés en le mettant en confiance.

Ce regard du professionnel qui apporte un soutien à l’enfant et la famille permet d’avancer sur des situations diverses en lien avec les professionnels de la petite enfance (crèches, PMI,…) qui font un travail de prévention, et avec les psychologues qui peuvent mener un travail de consultation thérapeutique avec l’enfant et sa famille.

Merci à Marie-Clotilde Maisonhaute pour son éclairage sur ces questions du développement psychomoteur et du rôle du psychomotricien auprès de l’enfant et de ses parents qui je pense intéressera de nombreux parents et professionnels de l’enfance.

Conseils de lecture de Marie-Clotilde :

  • De la naissance aux premiers pas. Michèle Forestier. Édition Erès.
  • Accompagner le développement de son enfant de 0 à 3 ans. Eric Roméo. Édition Solar.

Contact :

Marie-Clotilde Maisonhaute

Psychomotricienne libérale.

33 rue Claude Tillier.

75012 Paris.

Tel : 01 43 79 50 47/ 06 50 71 20 82

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